L’enseignement supérieur du design graphique

De la culture du livre à la culture numérique

L’enseignement du design graphique doit aujourd’hui résoudre l’équation entre culture du livre, qui s’est diffusée à partir du XVe siècle avec le développement de l’imprimerie, véhiculant une certaine conception du temps, et sa transformation sous l’impulsion des nouvelles technologies. Faire une telle distinction ne signifie ni opposer culture du livre et culture numérique ni annoncer la disparition de l’une au seul bénéfice de l’autre. C’est comprendre ce qui évolue dans une culture historiquement constituée sous la pression de l’émergence d’une nouvelle culture qui favorise la déterritorialisation des informations et des savoirs et le temporaire, le précaire…

Dans les écoles supérieures d’art relevant de la responsabilité du ministère de la Culture et de la Communication, soit au sein d’une option design ou communication, soit dans un cursus spécifique de design graphique, l’enseignement de la typographie et du dessin de caractère se développent dans leur donnée conceptuelle au sein d’un projet typographique. Ce projet peut se décliner sur de multiples territoires (édition, écran, espace public) et à différentes échelles.

L’étudiant a aujourd’hui le choix entre un cursus court de trois ans conduisant au diplôme national d’arts et techniques (DNAT) et un cursus long en cinq ans débouchant sur le diplôme national supérieur d’expression plastique (DNSEP) conférant grade de master, ponctué par le diplôme national d’art plastique (DNAP) après trois années d’études supérieures.

Au cours de son cursus de trois ou cinq ans, l’étudiant appréhende l’écriture, les signes graphiques qui lui donnent forme et de manière générale l’ensemble des médias. Il est encouragé à s’emparer de la lettre qu’il devra manier tant dans ses productions graphiques que dans la conception et l’argumentation même de ses projets. Observer et comprendre la lettre, c’est aussi comprendre le design graphique dans son essence. La dimension spatiale autour de problématiques d’identité visuelle (logo, habillage de chaînes, génériques) et de signalétiques est également prise en compte. L’apport de la linguistique s’est également avéré fondamental dans certaines recherches typographiques autour du signe et une initiation à la linguistique est intégrée dans certains cursus.

Les écoles supérieures d’art ont pris pleinement la mesure des enjeux liés aux nouvelles formes de communication

Entre, la compréhension de l’anatomie des signes et la mise en page, des relations permanentes sont mises en place, la typographie faisant partie de la boîte à outil générique mise à disposition de l’étudiant tout au long de son cursus. Les étudiants découvrent que les lettres peuvent prendre de nouveaux sens et les livres de nouvelles formes. Certains vont jusqu’à concevoir leur propre caractère.

Les enseignements sont complétés par des ateliers et des colloques dans lesquels sont régulièrement invitées des personnalités internationales du design graphique comme Wladislaw Pluta, Alejandro Lo Celso, Philippe Millot, Gerard Unger, Olivier Nineuil, autour du thème de l’écriture, de la lecture et de la typographie.

Les écoles supérieures d’art ont pris pleinement la mesure des enjeux liés aux nouvelles formes de communication induites par les nouvelles technologies en mettant en place des équipes de recherche sur ces questions. Elles participent activement à la conception et à l’élaboration de dispositifs de lecture, d’apprentissage, de recherche visuelle innovante dans l’environnement numérique favorisant l’accès aux « savoir-lire» et « savoir-voir» de demain.

Pour certains artistes comme Pierre Ponant, enseignant à l’école supérieure d’art de Bordeaux, qui a intitulé son atelier : graphisme(s) hors limite(s), le design graphique est un champ opératoire de tous les possibles. Laissons-nous guider parmi ces possibles, par les écoles d’Amiens, Besançon, Bordeaux, Bourges, Caen-Cherbourg, Cambrai, Épinal, Lyon, Nancy, Paris (ENSAD), Pau, Saint-Étienne, Strasbourg, Toulouse et Valence, qui ont, par leur contribution au projet Garamond, amélioré notre connaissance de l’enseignement supérieur et de la recherche en design graphique. Qu’elles en soient chaleureusement remerciées.