L’œuvre (II) : les types romains

Entre 1530 et 1532, dans les publications d’Estienne apparaissent une série de romains, en capitales et bas de casse, approximativement de corps 40, 16, 13, 10 et 6 points. Entreprise sans précédent dans l’histoire de la lettre imprimée : une telle échelle de corps était inusitée jusque-là et ceux-ci sont parfaitement harmonisés entre eux. Il est peu probable que les « types d’Estienne» qui renouvellent alors l’univers de la typographie aient été gravés par Garamont, encore apprenti à l’époque, et un certain mystère entoure toujours leur paternité.

Très vite, en tout cas, la plupart des imprimeurs et fondeurs de caractères parisiens s’équipent de caractères similaires, Augereau, Gryphe, Colines, Chevallon, en particulier. Claude Garamont, lorsqu’il débute sa carrière de graveur et fondeur de lettres, vers 1536, rejoint le cortège des épigones d’Estienne, se révélant sans doute un des meilleurs interprètes des créations de ce dernier. Entre 1536 et 1559, trente-quatre caractères différents peuvent lui être attribués, parmi lesquels dix-sept romains, sept italiques, huit grecs et deux hébreux. Après une « première taille » de caractères romains dès 1536, la réalisation des romains de la « deuxième taille » s’échelonne entre 1548 et 1561.

Un certain mystère entoure la paternité des romains utilisés dans les publications de Robert Estienne.

Respectant les proportions de la capitale épigraphique romaine et reprenant les principales caractéristiques des types aldins, les « Garamond» romains possèdent des majuscules légèrement plus basses que les ascendantes des bas de casse, et un peu plus étroites que celles auparavant existantes. Ils se singularisent par un axe oblique remonté vers la verticale.

Le « e » minuscule avec sa barre horizontale contraste nettement avec le
« e» humanistique. Mais, la différence réside surtout dans la « couleur » du texte composé. Il apparaît plus aéré, mieux rythmé, plus plaisant et d’une grande régularité au regard. Les « Garamond » romains deviennent les caractères de lecture livresque par excellence et, à bien des égards, le demeurent toujours.

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