L’œuvre (III) : les italiques

Mis en œuvre à Venise par Alde Manuce, les italiques sont importés en France au début du XVIe siècle. Ils permettent un resserrement des textes, pour des éditions en petit format notamment, et offrent à la composition une vivacité et une élégance inaccoutumées. Simon de Colines est un des premiers en France à les employer et à en graver selon les nouveaux modèles transalpins proposés par Arrighi, à partir de 1520. Robert Estienne utilise les italiques avec parcimonie, se pourvoyant de quelques corps, à partir de 1532, surtout destinés à mieux singulariser le latin du français notamment, et à distinguer les citations du texte courant.

« (Jean de Gagny) me disait que j’aurais de grandes chances de succès, si je pouvais imiter l’italique d’Alde Manuce, d’une façon nouvelle et il ajoutait en outre pour me déterminer un don qui n’était pas une libéralité mesquine. »
Claude Garamont, 1545.

Claude Garamont réalise une série de sept italiques, dont peut-être un destiné à Estienne, dans une large échelle de corps, qu’il commercialise et fait composer dans ses éditions, à partir de 1545. Ses italiques de petit corps sont d’ailleurs les seuls caractères dont il ait fait mention dans ses écrits.

Toutefois, Robert Granjon, à partir de 1542, s’affirme comme le maître du dessin et de la taille de ce style de caractères. Il harmonise parfaitement capitales et bas de casse, alors que longtemps les italiques sont restés dépourvus des premières. Ses créations agrémentent les éditions de poésie de Jean de Tournes, leur conférant un statut inédit face à la prose. Elles sont à l’honneur au sein des nombreux dictionnaires qui, à l’exemple de ceux d’Estienne, accompagnent l’essor humaniste dans la seconde moitié du XVIe siècle. Pour l’imprimerie de Christophe Plantin à Anvers, Granjon réalise des jeux de romains, dont certains repris de Garamont, et perfectionne et complète ses italiques, ce qui le conduit à harmoniser les deux styles. Par la suite, la typographie latine aura coutume de désigner sous une même appellation un caractère comportant romains et italiques étroitement associés.

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