La gravure des lettres typographiques

Du temps de Gutenberg, jusqu’à la fin du XVIIe siècle, la forme des lettres était créée par le graveur-même, au moment de la taille du poinçon. Suite à la commande par Louis XIV d’un caractère pour l’Imprimerie royale, une commission est mise en place à l’Académie des Sciences, dirigée par l’abbé Jaugeon, pour établir une manière rationnelle de tracer l’alphabet. Abandonnant la tradition calligraphique qui nourrissait jusque là la création de caractères typographiques, elle met au point une grille très fine de 2304 carrés et, à l’aide de règles et compas, définit un alphabet. La gravure des caractères sera ensuite confiée à Philippe Grandjean (1666-1717), qui s’inspirera fortement de ces planches, sans toutefois en faire une copie servile, pour la création du Romain du Roi (1702). Désormais, la lettre n’est plus un savoir-faire empirique, inspiré de pratique calligraphique, mais un savoir, établi par de doctes spécialistes.

« Désormais, la lettre n’est plus un savoir-faire empirique, inspiré de pratique calligraphique, mais un savoir, établi par des doctes spécialistes. »

Le luxueux mode de production calligraphique (ou son pendant technique, la gravure de textes en taille-douce), qui nécessite des matériaux coûteux, et surtout un temps de production phénoménal, offre à la lettre une grande liberté de forme. La typographie, au contraire, tend à normaliser l’écriture livresque en imposant au dessin des lettres des contraintes matérielles et techniques. Corollaire de cette « intellectualisation» de la production des lettres typographiques, le système de mesure employé par les imprimeurs se systématise avec l’adoption du point typographique, celui de Fournier d’abord, de Didot ensuite. C’est également durant cette période qu’apparaissent les premiers manuels typographiques, qui recensent et enseignent les règles et usages jusque-là transmis de gré à gré dans les ateliers.

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