La machine à graver des poinçons

La machine à fondre des caractères (1838) avait déjà permis de passer d’un rythme de production de 400 caractères à l’heure à plus de 6000. Avec la machine à graver les poinçons, c’est la cadence de production qui va pouvoir augmenter. Jusqu’alors, chaque corps était gravé séparément et avec un dessin spécifique, adaptant la forme de la lettre aux contraintes optiques et techniques : les petits corps étaient plus larges, plus espacés et, proportionnellement plus robustes que les élégantes lettres de titrage en grands corps.

La machine à graver utilise seulement trois dessins (grand, moyen, petit corps), les corps intermédiaires étant gravés par homothétie grâce à un mécanisme basé sur le pantographe. L’œil et la main du graveur fait désormais place à la science du dessinateur. L’exécution n’est plus une part essentielle de la production ; elle cède le pas à la conception, et n’est plus qu’une question technique, secondaire. Là encore, ce qui restait d’artisanal dans la création d’un caractère typographique tend à s’industrialiser ; la division du travail se poursuit.

« Division du travail et industrialisation font exploser la production »

La qualité moindre qui résulte de l’emploi de trois dessins au lieu d’un dessin spécifique à chaque corps est balancée par des gains de productivité et surtout la possibilité de répondre à la demande croissante de nouveaux styles. L’essor de la publicité provoque une production considérable de caractères « de fantaisie» destinés aux titrages de plus en plus voyants.

À partir du milieu du XIXe siècle, le mouvement du « renouveau elzévirien» remet à l’honneur, dans le domaine des caractères de labeur, les formes inspirées des alphabets romains classiques. Ce nouvel esprit historiciste tend à donner aux travaux de Garamont un prestige quasi-universel.

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