La réception des caractères aldins en France

Accueillant quatre fois par an une grande foire commerciale internationale, la ville de Lyon voit continuellement passer de nombreux marchands, transportant avec eux les innovations techniques et culturelles de leur région d’origine.

Proche de l’Italie, Lyon est au premier rang des villes françaises pour recevoir les innovations culturelles et artistiques de la Renaissance italienne. Ainsi, nombreux sont les imprimeurs et libraires italiens qui ouvrent des ateliers ou des succursales sur les bords de la Saône.

Des contrefaçons des caractères d’Alde Manuce font connaître l’italique au public français.

En 1501, à Venise, Alde Manuce publie une édition de Virgile au format in octavo, présentant pour la première fois ses caractères italiques. Immédiatement, un libraire lyonnais d’origine florentine, Balthazar de Gabiano copie ce caractère dont il se sert pour imprimer une réplique de l’édition vénitienne. Par la suite, Gabiano contrefait de nombreuses autres éditions aldines. C’est par ces contrefaçons, sans doute plus que par les éditions originales, que le public français découvre et adopte le caractère cursif aldin. Le succès est « total et irrésistible» (M. Audin), et l’italique connaîtra à Lyon une grande fortune, puisque plusieurs imprimeurs, tels Sébastien Gryphe et Étienne Dolet, publieront des collections entières d’éditions composées exclusivement en italique.

La réception des caractères romains aldins est en revanche plus tardive. Jusqu’aux années 1530, les imprimeurs utilisent encore majoritairement
des lettres « humanes», semblables à celles gravées à Venise par Nicolas Jenson en 1470. Les travaux d’Hendrik Vervliet montrent que c’est au cours des années 1520 que les graveurs de caractères français modernisent leur typographie romaine. Dès 1520, l’imprimeur Nicolas de La Barre emploie deux corps d’un caractère proche du romain aldin. En 1522, c’est Pierre Vidoue qui utilise deux petits corps du nouveau romain. C’est surtout au cours des années 1520 que Simon de Colines, marié à la veuve d’Henri Estienne, grave la plupart de ses polices de caractères, « égales (et peut-être supérieures) en qualité aux meilleures typographies italiennes » (H.Vervliet).

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