La tentation de la Réforme

Les artisans du livre ne sont pas insensibles aux idées de la Réforme luthérienne qui se diffusent en France dès le milieu des années 1520. Ainsi Conrad Resch, à l’écu de Bâle, publie la première traduction française d’un texte de Luther. Il fait également travailler deux imprimeurs favorables à la Réforme : Pierre Vidoue et Simon Dubois. Le successeur de Resch, Chrétien Wechel, se montre lui aussi réceptif aux idées luthériennes.

Dans les années 1520 et 1530, il n’est toutefois pas toujours évident de distinguer, parmi les imprimeurs, les catholiques des Réformés. Beaucoup de catholiques se laissent séduire à l’idée d’une réforme sans pour autant souhaiter une rupture complète avec la papauté. Par ailleurs, de nombreux partisans de la Réforme prennent soin de masquer leurs choix théologiques. Enfin, les libraires sont d’abord des marchands : leur choix éditoriaux, qui obéissent à des impératifs financiers, ne représentent pas nécessairement leurs convictions intimes.

Au début des années 1530, les libraires et imprimeurs suspects d’hérésie commencent à être véritablement inquiétés par le parlement de Paris et la faculté de théologie.

Au début des années 1530, les libraires et imprimeurs suspects d’hérésie commencent à être véritablement inquiétés par le parlement de Paris et la faculté de théologie. Si, dans un premier temps, le roi modère les ardeurs des censeurs, la situation change brutalement en octobre 1534, à la suite de l’affaire des Placards. Ces affiches contre la messe, placardées de nuit aux principaux carrefours de Paris et dans quelques autres villes de Province, entraînent une sévère répression. Les 10, 19 et 24 décembre, on brûle un imprimeur, un libraire et un graveur de caractères, Antoine Augereau, tous trois accusés de luthéranisme.

Certains libraires parisiens quittent la France pour installer leurs presses aux frontières, à Bâle, Genève, Strasbourg, Anvers, ou Neuchâtel, d’où ils peuvent envoyer des ouvrages luthériens ou calvinistes vers la France sans courir aucun risque. Ainsi Conrad Resch quitte-t-il Paris en 1526 pour s’installer à Bâle ; ainsi Robert Estienne en 1550 pour s’installer à Genève.

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