Le Garamond dans l’espace public

Le Garamond et ses successeurs sont rarement employés en matière de signalétique, où les caractères linéales, comme l’Helvetica, lui sont en général préférés pour leur grande lisibilité à distance. Des logotypes de marques ou des enseignes de magasins l’utilisent, mais dans ce registre également les lettrages modernes, fondés sur les linéales, tendent à prévaloir. Il est à noter, toutefois, que des interventions artistiques ont ces dernières décennies installées le Garamond en tant que lettre originale, parfois exclusive, afin de souligner/signer une démarche au sens fortement revendiqué.

« La lettre typographique Garamond représente la France dans sa tradition de la dialectique, exprimée dans le dialogue parfait entre les pleins et les vides, les galbes et la géométrie. »
Françoise Schein

C’est le cas des créations de l’artiste et architecte belge Françoise Schein qui compose uniquement en Garamond ses vastes installations textuelles dans les stations de métro du monde entier, à commencer par la Concorde, dont elle a proposé à la RATP l’aménagement à l’occasion du bicentenaire de la Révolution française, en 1989. Il s’agissait alors de mettre en valeur la déclaration des Droits de l’Homme de manière à ce que « ce texte fondateur de la société française et de la construction de la démocratie devienne visible de manière monumentale», selon ses propres dires. Le choix du Garamond relevait de l’humanisme et de l’esprit de tolérance qu’il incarne et d’un parti pris esthétique, comme l’indique l’artiste : « Cette lettre infiniment élégante et d’une grande perfection dans ses agencements de courbes et contrecourbes (…) représente la France dans sa tradition de la dialectique, exprimée dans le dialogue parfait entre les pleins et les vides, les galbes et la géométrie. » Françoise Schein a perpétué ce lien en utilisant avec le Garamond dans des stations des métros de Bruxelles, Lisbonne, Rio de Janeiro ou Stockholm, et pour des installations affirmant l’universalité des droits de l’Homme dans les favelas brésiliennes, en particulier.