Le Jannon ou le romain de l’Imprimerie royale

La création de l’Imprimerie royale par le cardinal de Richelieu, en 1640, procède de la volonté de rétablir l’autorité et le prestige de l’État dans ce domaine, en réponse aux efforts du camp protestant, en France et à l’étranger, pour imposer ses idées et pour supplanter l’hégémonie française du siècle précédent au plan typographique. Toutefois, cette nouvelle institution, déterminante dans l’évolution des métiers du livre, n’est pas appuyée par un renouvellement des conceptions typographiques et, en particulier, de la lettre. Il s’agit plutôt d’opérer une nomenclature du meilleur de ce qui existe pour en enrichir l’établissement, installé symboliquement au Louvre.

Le Jannon, garalde du XVIIe siècle, est employé par l’Imprimerie royale et sera ultérieurement considéré comme le modèle originel du Garamond.

Mais, les poinçons des romains d’Estienne et de Garamont ont pour l’essentiel quitté le royaume, même s’ils s’en trouvent conservés à la fonderie Le Bé, à Paris. Par ailleurs, beaucoup de graveurs, susceptibles de réaliser des copies de qualité, sont également exilés. De sorte qu’à la création de l’Imprimerie royale l’acquisition de bons romains est incertaine. Pour compléter un éventail de caractères assez restreint c’est auprès de Jean Jannon, imprimeur de l’université protestante de Sedan, que les fondateurs de l’Imprimerie royale choisissent de se fournir. Jean Jannon a réalisé un caractère dans le registre du Garamond et en a publié un spécimen, le premier du genre en France, en 1621, comportant notamment une police en très petit corps, la « Sedanaise », qui constitue un tour de force en son temps. Connu à Paris, où d’ailleurs Jannon possède une succursale dirigée par son fils, ses types nouveaux attirent l’attention des fondateurs de l’Imprimerie royale qui décident d’en acquérir un jeu de matrices. L’abandon progressif de l’usage des garaldes par l’Imprimerie royale au XVIIIe siècle les fait oublier dans les réserves jusqu’à ce qu’au cours d’un inventaire, en 1827, on les redécouvre et on attribue à Garamont les matrices de Jannon.

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