Le renouveau elzévirien

En réaction à l’emploi systématique des caractères didot et à l’envahissement de la typographie à bon marché dans l’édition populaire et la réclame, des imprimeurs, des fondeurs, des éditeurs cherchent à renouer avec des types d’excellence, dont la Renaissance française et hollandaise avait à leurs yeux établi le canon. À Lyon, vers 1845, l’imprimeur Louis Perrin, s’inspirant d’inscriptions romaines découvertes dans des fouilles archéologiques, fait graver par la fonderie Francisque Rey fils un alphabet de capitales en plusieurs corps sous l’intitulé d’« Augustaux ». Puis, il entame une recherche dans les archives et les stocks des fondeurs et imprimeurs pour le compléter de bas de casse, qui aboutit à la publication des premiers « types elzéviriens » vers 1854. Cette initiative forme le début d’un « renouveau » qui marque la typographie française dans la seconde moitié du XIXe siècle. Comme l’indique Perrin lui-même : « …en attendant que le XIXe siècle puisse se flatter d’avoir un goût qui lui soit propre, je pense que nous devons revenir au goût du XVIe siècle, dont les chefs-d’œuvre ne me semblent pas avoir été surpassés. »

« Nous devons revenir au goût du XVIe siècle, dont les chefs-d’œuvre ne me semblent pas avoir été surpassés. » Louis Perrin.

À Paris, des éditeurs s’intéressent aux livres de petits formats (in-12) publiés par la famille Elzevier au XVIIe siècle, et aux caractères qui les composent. Pour les besoins de la « Bibliothèque Elzévirienne» qu’il fonde à cet effet, en 1853, le libraire Pierre Jannet dessine lui-même des caractères romains anciens vers 1856. Théophile Beaudoire, responsable de la Fonderie générale, propose également un romain baptisé « Elzévir », en 1858. Ces créations, assez voisines, constituent les modèles de nombreuses interprétations jusqu’aux débuts du XXe siècle. Retour aux sources qui estompe néanmoins le nom de Garamond des décennies durant de la scène typographique, les types elzéviriens ayant beaucoup plus de parenté avec leurs prédécesseurs hollandais qu’avec ceux de Robert Estienne.

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