Les recherches contemporaines

Force est de constater que malgré les « révolutions » numériques, l’écrasante majorité des livres publiés aujourd’hui sont composés avec des caractères romains basés sur des canons fixés aux XVe et XVIe siècles. Plus que de manière révolutionnaire, la typographie semble procéder par transitions successives. Les ordinateurs dernier cri sont équipés de types vieux de plusieurs siècles ; et la rapide obsolescence des outils informatiques contemporains ne semble pas toucher la typographie, ou des classiques tels que le Garamond jouissent d’une santé radieuse. Les types Garamond évoquent un certain âge d’or (largement mythique) et une typographie prestigieuse, mais aussi très traditionaliste : « The revolution won’t be set in Garamond » (« La révolution ne sera pas composée en Garamond », revue Slanted, nº 11, 2010). Malgré la longue histoire de ce caractère et ses multiples réinterprétations, il nourrit encore aujourd’hui la création contemporaine.

Malgré la longue histoire de ce caractère et ses multiples réinterprétations, le Garamond nourrit encore aujourd’hui la création contemporaine.

Le Sabon, dessiné par Jan Tschichold en 1964, se voit doté par Jean-François Porchez d’une version rajeunie, le Sabon Next (2002), vivifiée et débarrassée des impératifs techniques d’avant le numérique. Font Bureau publie en 2000 un Garamond assez étroit, très vif et contrasté, au tracé résolument moderne, dessiné par Jill Pichotta à partir du Garamond Ludlow. Certains Garamond citent l’original en s’en éloignant plus ou moins fortement, comme le 1592 GLC Garamond (2010) qui revisite le modèle Egenolff-Berner en intégrant les défauts d’impression de l’époque, ou le TYMA Garamont une interprétation d’un Garamond suédois dessiné par Henry Alm en 1948. Alors qu’il est très facile techniquement, désormais, de dessiner un caractère, on peut découvrir sur Internet des versions onciale irlandaise (Celtic Garamond, 2000), aux empattements coupés (Gara, 2005), pochoir (Becker Garamond Stencil, 2007), ornementée (DTC Garamond, entre autres), inclinée vers la gauche (Garamond Lefty, 2006). Des dessins qui, faut-il le préciser, sont loin d’être irréprochables.

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