Typographies gothiques

Gravant les premiers caractères typographiques, Gutenberg reproduit le seul modèle d’écriture à sa disposition : l’écriture gothique alors employée en Allemagne pour copier les manuscrits. Sa bible est ainsi composée dans une gothique dite textura, écriture très rigide habituellement réservée aux textes liturgiques.

Rapidement sont gravés des caractères qui reproduisent d’autres familles de lettres gothiques, comme la rotunda, plus souple, employée pour tous les types de textes courants en latin. Des variantes nationales sont ensuite adaptées en typographie, comme la Schwabacher et la Fraktur allemandes, ou la Bâtarde française.

La lettre gothique sera progressivement délaissée par les imprimeurs français à partir des années 1530, au profit des caractères romains et italiques.

Ces écritures gothiques se caractérisent par leur relative raideur, mais surtout par des traits épais, très noirs (l’anglais désigne d’ailleurs la gothique sous le nom de Black letter). La gothique est restée l’écriture dominante en Allemagne pendant près de cinq cents ans, jusqu’à son interdiction par les nazis en 1941. Elle ne connaît pas le même succès en France. En effet, la gothique, héritage médiéval, subit la concurrence des caractères romains et italiques, très modernes et très en vogue parmi les humanistes. La gothique sera donc progressivement délaissée par les imprimeurs français à partir des années 1530, au profit des caractères romains et italiques.

En 1557, le graveur lyonnais Robert Granjon tentera tout de même de remettre la gothique au goût du jour, en reproduisant l’écriture cursive alors en usage sous la plume des secrétaires français. Cette écriture très calligraphique (Granjon parle d’une « lettre française d’art de main »), connaîtra un succès éphémère avant de disparaître au début du XVIIe siècle. Souvent employée depuis lors pour composer des manuels de savoir-vivre, elle a pris le nom de « caractères de civilité ».

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